La finale, côté loose

Publié le par BadAssFootball

A égale distance de la première grande ville italienne (Turin), et de la première grande ville espagnole (Barcelone), notre choix s'était porté du côté azzuri.

Les italiens avaient pratiqué un jeu superbe tout au long de la compétition et, comme beaucoup de français, un peu jaloux du succès espagnol depuis 4 ans aussi, on s'était mis à vraiment rêver de voir cette belle équipe remporter l'Euro.

 

Départ pour Turin donc, pour voir la finale de l'Euro en compagnie du peuple de Gigi Buffon, Del Piero et Pirlo. Cool!

 

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A notre arrivée, il suffit de suivre le mouvement des centaines de personnes au drapeau vert blanc rouge sur les épaules ou peint sur la tronche se dirigeant vers une place immense déja pleine de monde. Un écran géant avec des pubs Hyundai tout autour diffuse... des pubs Hyundai, en attendant le début du match.

Achats obligatoires pour se fondre dans la masse et faire oublier notre françaisité (?) : des drapeaux, finement négociés auprès d'un sénégalo-italien, et des bières bizarres et pas très bonnes, sous-payées à un vendeur borgne poussant son caddie rempli de bouteilles au milieu du moulon.

5 minutes d'incruste dans une foule de plus en plus dense plus tard, nous voilà prêts à vibrer comme de véritables supporters escrocs pendant 90 minutes. Nos voisins de foule semblent plutôt confiants, l'ambiance est  énorme, et devient incroyable lorsqu'une genre de chauffeuse de salle qui racontait des trucs incompréhensible au micro depuis notre arrivée se met à entonner le "Fratelli d'Italia".

D'un coup, les supporters se mettent tous à chanter dès le deuxième "Itaaaliaa",a capella, les trois notes du milieu de l'hymne sont remplacées par un "bololom! bololom! bololom-bom-bom!" qui passe plutôt pas mal et tout le monde explose dès le "Si!!"  final.

N'ayant déjà plus vraiment l'usage de mon tympan gauche (mon préféré) à cause de mon voisin arrière qui envoie depuis le début des coups de corne de brume assez réguliers, les hurlements de mon voisin de droite me parviennent non sans une certaine violence, mais quelle ambiance incroyable!

Turin est prête pour la finale de l'Euro, et ça s'entend! 

 

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L'entrée des joueurs sur la pelouse fait encore un peu plus monter le volume et sortir les drapeaux, et lorsque la caméra s'arrête sur Balotelli tout le monde applaudit encore plus fort. Seule l'apparition d'une dizaine de blondes extrêmement bonnes charmantes à un balcon au dessus de la place détourne un instant l'attention des supporters, qui retournent dans leur match dès les premières notes de l'hymne chantée avec encore plus de ferveur que Gigi Buffon et les choristes Ukrainiens réunis. On se dit quon aurait du apprendre les paroles qui vont après la première phrase parce qu'on passe pour des gros blaireaux à chanter n'importe quoi en finissant tous nos mots par "a" ou "o". Mais bon ça n'a l'air de déranger personne, et surtout pas mon voisin de foule clodo avec une seule dent qui se plaint plutôt de notre taille qui lui empêche de bien voir l'écran.

Les paroles de l'hymne espagnole sont toutes trouvées avec une série de "spagna, vaffanculo" du meilleur effet. Le match commence dans le bordel général tout le monde est à fond et envoie du "andiamo!". 

 

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Malheureusement, les emmerdes vont très vite commencer pour les italiens. Le début de match est fébrile et calme un peu les ardeurs de nos amis. Le but de Silva les fait taire complètement et on se demande si ils savent qu'ils reste encore 75 minutes à jouer. Mais Turin se remet à gueuler sur un gros tacle de De Rossi, et encore plus, et c'est plutôt bizarre, sur une perte de balle espagnole. Des supporters vicitmes d'un complexe d'infériorité par rapport aux espagnols? Peut être, mais des supporters qui s'enflamment aussi dès que Mario ou Andrea touchent la balle, pour l'instant sans grande réussite.

Le jeu espagnol endort finalement tout autant les joueurs que nos nouveaux amis turinois qui se réveillent un peu pour marronner sur le but de Jordi Alba. 

 

Mi-temps, 2-0, tout reste possible mais certains commencent à quitter la piazza. Nous mêmes commençons à envisager la possibilité d'avoir fait 5h30 de route pour voir une défaite et assister à une émeute générale, mais on se rassure lorsque le match reprend et que la foule comme les joueurs de la squadra semblent prêts à tout défoncer.

La folie dure 10 minutes, le temps pour Di Natale, fraîchement rentré de se procurer et rater deux belles occasions. Puis la monotonie espagnole nous hypnotise un peu et les supporters semblent se résigner. Il reste pourtant une demi-heure les gars! On tente de réveiller nos voisins, en bons marseillais, en criant "oooooh hisse, enculé!!" sur chaque dégagement de Casillas, en disant des trucs salaces sur Shakira, ou en faisant "rhaaaaaa" sur chaque passe espagnole, mais personne ne semble disposé à nous suivre dans notre entreprise de dénigrement de la meilleure équipe du monde.

Encore moins lorsque Thiago Motta, déjà pas très bien acceuilli à son entrée sur le terrain (Ici aussi on déteste le PSG, ou bien est-ce son côté brésilo-italien qui froisse la fibre patriotique des supporters?) se claque sur sa première prise de balle.  

Tout comme Prandelli, on comprend que c'est tout simplement mort, et qu'on va devoir regarder notre équipe courir derrière le ballon pendant 30 minutes. Bon..

 

Mais les italiens sont fiers et continuent a encourager et à soutenir jusqu'au bout leur équipe, même lorsque le feu d'artifice prévu pour la victoire est tiré au beau milieu du match, même lorsque Torrès plante le 3ème but, même lorsque Mata achève son adversaire, et profitent d'un arrêt de Buffon ou d'un gros plan sur un Pirlo au bord de l'apoplexie pour remercier leurs joueurs en les applaudissant. Quelques uns applaudissent même Fabregas à sa sortie. So fair play, et même émouvant, les dernières minutes se passent dans cette ambiance étrange. La déception est là mais pas de frustration, pas non plus de colère, nos voisins sont résignés et n'ont pas à en vouloir à leur équipe.

 

Le coup de sifflet final est une vraie libération et tout le monde applaudit, et fait flotter les drapeaux une dernière fois. Un dernier coup de corne de brume aussi, pour la route. 

Je tente d'expliquer à un de mes voisins au bord du suicide qu'il peut vraiment être fier d'avoir une équipe nationale si belle, et à travers lui j'ai envie de le dire à tous les italiens, tous les joueurs azzuri. J'ai bu pas mal de cette mauvaise bière aussi.

 

La place se vide lentement, sans un seul incident, sous le regard de deux femmes flic, qui discutent tranquillement. Les blondes au balcon font quand même la fête dans leur appartement de riches, quelques espagnoles sont trop heureuses et dansent, 3 jeunes s'effacent le maquillages qu'ils s'étaient fait. Il y a des millions de trucs sur le sol...

 

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On suit la masse pour atterir dans le coin de la night où les turinois, et nous même irons noyer notre tristesse dans des shooters de vodka bleue assez dégueulasses, en dansant avec des filles en minishort et en se faisant virer par des videurs.

 

Merci à vous messieurs Pirlo, Buffon, Giorgio Chellini, De Rossi, Mario, Toto, et à tous vos collègues pour nous avoir fait venir jusque là vivre cette finale avec vos compatriotes.

Merci de vous être battus jusqu'au bout et d'être restés fiers, dignes et fair-play, de nous avoir offert un si beau football durant cet Euro, et une si belle nuit à Turin. 

 

Merci à l'italie de nous avoir acceuilli durant une soirée et d'avoir su faire la fête en ce dimanche soir qui aurait pu être bien triste mais qui à été inoubliable...

 

 

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